LE MERCURE PHILOSOPHAL

Cette étude fait appel à plusieurs articles parus dans la revue dirigée par Albert Richard RIEDEL (alias "Frater Albertus") :"PARACHEMY".

AVERTISSEMENT : Le plomb est hautement toxique et très dangereux pour la santé. Les allégations des Philosophes sont donc à prendre avec beaucoup de prudence et de circonspection.

La première référence importante fut livrée dans un article concernant le "Mercure Philosophal", sous la plume de Frater Albertus - J'ai devant moi le texte de la section de Chimie de l'Encyclopedia Drittanica de 1771 où le processus est esquissé même si l'auteur ne savait pas qu'il évoquait là le Mercure Philosophal". / " Parachemy " vol, V n°1 p.395/

Le seul problème avec cette référence à l'encyclopedia Brittanica, est que malheureusement, aucun numéro de page n'était donné. Il est très facile de laisser passer ce procédé particulier car la section en question est remplie de processus variés traitant d'un grand nombre de substances. Il fallait donc chercher une autre source d'information. Celle-ci se présenta sous la forme d'une question posée dans un autre numéro de la revue "Parachemy" : "Lorsque A. Von BERNUS s'efforça de préparer le Mercure Philosophal, il y remarqua des effets toxiques - "les fuites (vapeurs) peuvent entraîner la mort". La même chose est mentionnée dans l'article de l'encyclopedia Brittanica. Les composés volatils du plomb peuvent se distiller et s'échapper dans l'air. Pourriez-vous en indiquer le danger de manière plus précise ?"/in "Parachemy" vol.VI, no4,P,592/ Disposant de cette information, il est plus facile de comprendre l'allusion de Frater Albertus. Tout ce qui était nécessaire à faire pour entamer ce processus en tenant compte de la toxicité du plomb. Pour ceux qui ignorent ce moyen, : ils pourront le découvrir presque entièrement dans ce qui suit :

"Réduire une certaine quantité de céruse en poudre; la mettre dans un matras; verser dessus douze ou quinze fois autant de vinaigre distillé; placer le matras dans un bain de sable; laisser la matière en digestion pendant une journée, la secouant de temps en temps; décanter ensuite la liqueur et la garder à part. Verser du vinaigre frais sur ce qui est demeuré dans le matras et la placer en digestion comme auparavant. Procédez ainsi jusqu'à ce que vous ayez dissout la moitié ou les deux tiers de la céruse.

Evaporez jusqu'à une pellicule les liqueurs émanant de la céruse et maintenir le tout en un endroit frais. Des cristaux grisâtres en sortiront. Décantez la liqueur des cristaux; l'évaporer à nouveau jusqu'à une pellicule et laisser le tout à cristalliser. Procédez ainsi, évaporant, aussi longtemps que des cristaux se manifesteront. Dissolvez vos cristaux dans du vinaigre distillé et évaporez la solution de laquelle naîtront de plus blancs et de plus purs cristaux. Ceci est le sel, ou le "sucre" de plomb.

"Le plomb est très facilement dissout par le vinaigre distillé. S'il est simplement exposé aux vapeurs de l'acide , sa surface se corrode et il se change en une sorte de chaux ou de rouille blanche, très utilisée en peinture et qui est connu sous le nom de céruse, ou plomb blanc ...

'Le sel de plomb a un goût de saccharine (sucré), ce qui lui valut le nom de "sucre de plomb". Pour cette raison, quand le vin commence à devenir aigre, le moyen en ôter ce goût désagréable, est de lui substituer un doux qui n'est pas désagréable au goût, en mélangeant à cela de la céruse, de la litharge ou quelque autre préparation à base de plomb , à cause de l'acidité du vin qui dissout le plomb et en élaboré le sucre de plomb qui demeure mélangé au vin et sa saveur ajoutée à celle du vin, n'est pas désagréable. Mais, comme le plomb est un des plus dangereux poisons que nous connaissions, cette méthode ne devrait jamais être pratiquée; et quiconque se sert de telles drogues pernicieuses, mérite d'être le plus sévèrement puni./.../ "Le Plomb peut être décomposé par la distillation sans ajouter quoi que ce soit. Pour ce faire, vous devez mettre le sel de plomb dans une cornue en terre ou en verre en laissant un tiers vide; le distiller graduellement dans un four à réverbère. Un esprit s'élève tout d'abord, qui emplit le récipient de nuées. Quand plus rien ne vient, la cornue étant portée au rouge, laissez-la refroidir, puis la déluter. Vous trouverez dans le récipient une liqueur aigre qui est inflammable; ou du moins, un esprit inflammable peut être obtenu si la moitié en est distillée dans un alambic de verre. La cornue dans laquelle le sel de plomb est décomposé, contient à la fin de l'opération, une matière noirâtre, c'est le plomb qui reprendra sa forme métallique en étant fondu dans un creuset; car l'acidité par laquelle il avait été dissout et de laquelle il avait été séparé, étant d'une nature très huileuse, a quitté une quantité suffisante de phlogistique. "

"Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette décomposition, c'est l'esprit inflammable qui en provient, bien que le vinaigre qui entre dans la, composition du sel, ne paraisse pas du tout en contenir." /cf. "Chemistry", Encyclopedia Brittanica, 1771Vol.VI, pp. 169-170/

Nous trouvons un processus analogue, dans "L'Art de la Distillition" /John French: "The Art of' Distillation", London: Richard Cotes, 1651, Livre 3, pp. 73-74/ qui est relate, dans son intégralité:

"Prendre de 1a Chaux de Saturne ou autre Minium, verser dessus de l'Esprit de Vinaigre afin de la recouvrir de la largeur de quatre doigts, digérer le tout dans un endroit chaud l'espace de 24 heures, remuant souvent de sorte que la matière ne se fixe pas trop pesamment au fond du récipient; puis, en décanter le Menstruum et en verser à nouveau sur la matière, digérer le tout comme avant et ceci doit être renouvelé jusqu'à ce que toute la salinité en ait été extraite. Filtrer et clarifier tout le Menstruum réuni, puis, en évaporer la moitié et laisser l'autre partie en un endroit frai jusqu'à ce qu'elle cristallise . Dissoudre ensuite ces Cristaux à nouveau ces cristaux dans de l'Esprit de Vinaigre, filtrer et coaguler derechef la Liqueur en Cristaux et ceci doit être répété jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment imprégnés par le Sel d'Ammoniac du Vinaigre comme de leur propre ferment. Les digérer dans un Bain tempéré de telle sorte qu'ils puissent se résoudre en une Liqueur comme de l'Huile. Distiller ensuite cette Liqueur au bain de sable dans une Retorte, avec un grand récipient qui lui est adjoint bien hermétiquement de telle sorte que les Esprits ne s 'évaporent pas, en observant bien les degrés du feu; puis se distillera en premier un Esprit d'une telle odeur suave que l'odeur de toutes les fleurs et de tous les parfums composés, ne pourraient lui être comparés. Après la distillation, lorsque toutes choses ont été refroidies, ôter les fèces noires qui n'ont aucune utilité. Puis

séparer l'huile jaune qui surnage au dessus de l'Esprit et l'Huile rouge qui demeure au fond ; séparer ensuite le phlegme de l'Esprit au bain. Tu auras par ce moyen l 'Esprit le plus parfumé qui puisse enchanter les sens et un tel remède balsamique et externes et si cordial qu'il soigne tous les maux, vieux ou jeunes, internes ou externes et si cordial que les mourants lui vouent une grande Admiration après avoir recouvré la vie grâce à lui "

"Ceux qui possèdent cette médecine n'ont presque plus besoin d'utiliser d'autres ni pour des affections internes, ni pour des externes."

Et encore

II

" Prendre le minerai de Vénus ou de Saturne et entraîner leurs esprits dans une retorte ; chacun d'eux pouvant dissoudre radicalement l'or, après sa purification "

III

" Prendre du minerai pulvérisé de Saturne, ou du Saturne vulgaire calciné ; extraire son sel par l'Acétique ou son " anima " ; le purifier de la meilleure manière jusqu'à ce qu'il soit rendu transparent comme un cristal, doux comme le miel et qu'il se 1iquéfie à la chaleur comme la cire et qu'il devienne doux et cassant au froid. C'est l'arbre coupé de ses fruits inutiles, sur lequel doivent être greffés les rameaux du Soleil ".(cf. "The Alchemical Writings of Edward Kelly" éd. et trad. A.E. Waite./

On ne peut pas se méprendre; ces trois citations concernent la même chose. Mais, sagit-il du Mercure Philosophique ? Il y a deux raisons à cela, une conclusion pouvant aller dans ce sens : la, citation donnée plus haut de Frater Albertus et la référence à l'odeur du distillat dans la seconde citation : "Puis se distillera en premier un Esprit d'une telle odeur suave que l'odeur de toutes les fleurs et de tous les parfums composés ne pourraient lui être comparés ".11 /op. cité "The Art of Distillation. nation" by John French. P.74/

Comparons ceci aux autres références suivantes, provenant de sources diverses à la fois par l'époque et par le lieu. La première émane de l'alchimiste moderne Archibald Cockren : "Un ami a décrit cette odeur comme ressemblant à celle de la terre humide de rosée un matin de Juin, évoquant dans l'air la croissance, des fleurs, le souffle de l'air sur la bruyère et la colline et l'odeur suave de la pluie sur la terre sèche." /Ardhibald Cockren : "Al.chemy Rediscovered and Restored" (Calif'., Health Research Reprints, 1963), P-123./

Dans "Le Testament de Cremer", nous trouvons un passage analogue : "Lorsque cet heureux évènement se manifesta, la maison entière était remplie du parfum le plus merveilleusement suave; puis vint le jour de la Nativité de la. plus sainte Préparation." /in "The Hermetic Museum, éd. et trad. A.E. Waite (New York, Samuel Weiser Inc., 1974), Vol - II, pp. 75-76/

Nous trouvons également dans "Le Livre des figures Hiéroglyphiques" de Nicolas Flamel, la phrase suivante : "Finalement, je trouvais ce que je désirais, ce que je reconnus aussitôt par la senteur forte..."

Et enfin, dans une interview de Frater Albertus nous trouvons une allusion à l'odeur du Mercure Philosophique. La citation est la suivante :

-Q(uestion) : (Qu'est-ce que c'est ?"- R(éponse) :"Le Mercure Philosophal". - Q : "Puis-je le sentir ?"-R : "Oui". - Q : "Il m'évoque quelque chose mais je ne parviens pas à. m'en souvenir exactement. "/"Interview,- wili, Frater Albertus", in"Parachemy", Vol. VI, N"2, p. 522/

Ainsi donc, après toutes ces citations, la conclusion est que le Mercure Phi1osophal peut être obtenu du Sel de Saturne, appelé également Sucre de Plomb (acétate de plomb) par une distillation sèche suivie de rectifications successives.

-A propos du "modus operandi", sans doute serait-il bon de consulter également les deux " Chymistes " français : Christophe Glaser et Nicolas l,émery.