LA PREPARATION DU"MERCURE PHILOSOPHAL" PAR VOIE HUMIDE....

Fr. Albertus

Certaines personnes croient à, l'existence du Mercure Philosophal mais n'ont en fait aucune connaissance précise du chemin à suivre; leur opinion repose sur celle des autres, le plus souvent exprimée verbalement ou sur des textes évasifs évoquant l'insaisissable substance! Il est vrai que cette "voie humide" paraît plus sophistique et fallacieuse, qu'authentiquement réelle tant l'illusion est présente ici, contrairement à la "voie sèche" où les étapes sont plus nettement délimitées, même si cette dernière est plus dangereuse à réaliser.

Avant d'aborder la préparation -proprement-dite - du Mercure Philosophal, il est bon de se remémorer cet extrait du "Char Triomphal de l'Antimoine" de Basile Valentin "Laissez-moi vous dire ainsi, que tous les métaux et tous les minéraux croissent de la même manière, provenant de la même racine et donc que tous les métaux ont une origine commune/.../ Il faut donc noter et bien observer que les minéraux et les métaux ne sont autre chose qu'une vapeur ou fumée qui est attirée par quelque astre prédominant de l'élément de la terre, comme par une distillation du monde universel. Laquelle influence céleste opère jusqu'au centre de la terre par sa propriété aérienne et ses qualités chaudes; de sorte que telle constellation opère spirituellement et donne de ses qualités à telle vapeur qu' elle élève, laquelle se résout en une liqueur dont tous les métaux et minéraux prennent leur origine; et (il) s'en forme un tel ou un autre selon la prédomination des trois principes (selon qu'il y a plus de Mercure, de Soufre ou de Sel); ou moins de l'un ou de l'autre, ou qu' ils se trouvent égaux, de manière que quelques métaux sont fluides, d'autres fixée. Les fixés sont communément l'Or, l'Argent, le Cuivre, le Fer, l'Etain et le Plomb. Outre ces métaux, il se forme aussi des mêmes trois principes, selon la proportion inégale du, leur mélange, des autres minéraux comme le vitriol, l'antimoine, la marcassite, l'ambre, et plusieurs autres qu'il n'est pas nécessaire de produire ici. Mais l'or, dès son commencement, se perfectionne et contient, en soi un soufre et un mercure parfaits, au-delà de tous les autres métaux et minéraux. De même aussi ses vertus sont beaucoup plus parfaites et vigoureuses que celles de tous les autres métaux." /pp -146-147/

Il serait pour le moins séduisant de vouloir utiliser l'or vulgaire comme "première matière" (prima materia) de l'OEuvre par voie humide, mais, par définition, l'or est un métal inaltérable, donc parfait et par voie de conséquence, n'est plus " perfectible ". Il est, en outre, très difficile d'en séparer les 3 Principes (soufre, mercure, sel). Tout ceci est également applicable à l'argent vulgaire, toutes proportions gardées. Les autres métaux ou minéraux, tels que : le cuivre (Cu), le fer (Fe), le plomb (Pb), le mercure (Hg), l'étain (Sn) ou encore l'antimoine (Sb) sont tous "imparfaits" et donc "perfectibles"... Toutefois, le "mercure" que renferment ces minéraux est moins pur que celui de l'or vulgaire, mais il est tout-à-fait possible de le Purifier en pratiquant le "modus operandi" suivant, qu'utilisa avec succès Frater Albertus (alias A.R.Riedel), tout au moins en ce qui concerne le plomb, le cuivre et le mercure vulgaires.

Préparer tout d'abord le "sel" du métal (opérant sur le minerai bien entendu) que vous aurez choisi pour oeuvrer, selon l'Art. Consulter pour le plus grand profit naturellement, tous les meilleurs auteurs ayant traité de la Pierre Philosophale : Eyrénée Philalèthe, Nicolas Flamel, Bernard le Trévisan, le Cosmopolite, Cyliani etc.... Effectuer ensuite une séparation des trois principes à l'aide de Vulcain (le Feu). Il s'agit bien évidemment d'une séparation toute particulière, comme l'appareillage décrit ci-dessous, l'illustre parfaitement.

- A correspond au ballon de chauffe qui contient le Sel " canoniquement préparé ".

- B correspond au chauffe-ballon qui entoure A et qui lui procure une chaleur homogène. Ce point est évidemment indispensable pour l'élaboration idoine de l'OEuvre.

- C reçoit en premier le phlegme et ensuite le Soufre s'y rassemble après avoir été réfrigéré par le condenseur D.

- E est un coude de distillation.

- F est un serpentin de verre enroulé autour d'un tube plongé dans un récipient.

- G est un vase supportant le tube entouré du serpentin, contenant de l'acétone dans lequel est dissoute de la glace sèche (de la neige carbonique), le mélange créant une température de -80°C

Voir schéma

Le Mercure volatil sera conduit à traverser le condenseur (le réfrigérant) ; mais il est si volatil qu'il ne pourra se condenser (une vapeur ou fumée blanche pourra être observée à son passage à travers le coude de distillation), mais pourra finalement y parvenir grgce au, froid extrême produit par le mélange d'acétone. L'huile (ou Soufre) sera recueillie en C, puisqu'il s'y condensera (pour la majeure partie) grâce au réfrigérant D. Le Sel quant à lui, restera en A, à l'exception des sels qui se seront sublimés durant la séparation. Mais ce n'est pas un problème puisqu'ils se sont élevés et par voie de conséquence,ont été considérablement purifiés.

Le Mercure est ensuite distillé très lentement. sept à dix fois. Si toutes les opérations ont été réalisées avec succès le Mercure Philosophal pourra être obtenu. Ce mercure, losqu'il sera associé au soufre et au sel purifiés. Ce mercure purifié évoqué ci-dessus, pourra également dissoudre le corps de l'or afin de préparer le merveilleux "or potable".

Il est important de noter que lorsque le thermomètre est placé en haut du coude de distillation, la température ne doit jamais dépasser 35°C pendant toute l'opération. Ceci indique que la substance qui s'élève est en effet très volatile. Quand une distillation ultérieure a lieu, la, température au sonnet du coude (le point d'ébullition du liquide) doit être sensiblement au-dessous de 30°C. Il sera même éventuellement possible de distiller à une température moyenne de 20-25°C (68°-77° Fahrenheit . Puisque le mercure devra bouillir à cette température, il est indispensable que la verrerie contenant le mercure soit soigneusement rodée, sinon vous n'auriez aucune chance de le conserver. Aussi, quand les 7 à 10 distillations auront été réalisées, prenez grand soin d'éviter toute perte de mercure. Il peut littéralement s'évaporer sans que l'opérateur n'ait pu s'en rendre compte et il sera alors trop tard pour intervenir. Si un bain de glace (placez le récipient dans un vase à demi- rempli par de la glace et un peu d'eau) était utilisé pour refroidir le récipient losqu'ont lieu les distillations, il y aurait moins de risques de pertes. Une fois que cette insaisissable substance serait finalement recueillie, il deviendrait tout-à-fait navrant de la laisser disparaître dans un "courant d'air"! Aussi, prenons-en grand soin.

Lorsqu'on prépare la solution réfrigérante, une attention particulière doit lui être accordée. Placez l'ensemble du récipient dans le vase et après seulement, remplissez à moitié le vase d'acétone. Déposez un petit morceau de glace sèche (à peu près le volume d'un bouchon) dans le bain d'acétone et il s'ensuivra un bouillonnement considérable. Si trop de glace sèche (de neige carbonique) était utilisée, l'acétone en bouillonnant, déborderait sûrement du vase. Tenez de préférence, le petit morceau de glace à l'aide d'une paire de pinces (vos doigts risquant autrement d'être sévèrement gelés) juste sous la surface de l'acétone, jusqu'à ce qu'il se dissolve. Répétez ce procédé jusqu'à ce que la température parvienne à -70°C/-80°C telle que le thermomètre l'indiquera. Selon toute vraisemblance, il ne serait ossible de faire fonctionner ce système sous-vide à cause de la pression exercée ce qui se -traduirait par une forte, perte d'esprit...

Le principal étant dit; il ne s'agit plus désormais que de mettre en pratique la, Vertu majeure du Philosophe ("Philosophus per Ignem") :..... la PATIENCE !