FINIS GLORIAE MUNDI

ou

L'histoire d'une imposture et d'une usurpation caractérisées

Par Jean-Pierre Thomas - (F-C-H)


"Qui ne hurle la Vérité lorsqu'il la connaît, se fait le complice du mensonge." Charles Péguy

Le ridicule ne tue décidément plus en cette fin de Millénaire et les contrefaçons ne sont plus l'apanage des seuls faux monnayeurs; elles atteignent également le nom le plus illustre ayant marqué la pensée alchimique de ce siècle.

Le faux "Fulcanelli" qui a paru il y a quelques semaines, n'honore pas les deux complices de cette grossière supercherie. Quelle impudence en effet, pour l'éditeur et le préfacier, auto-proclamés pour la circonstance, exécuteurs testamentaires, en quelque sorte, de chercher à faire coïncider la date officielle de publication de cette œuvre scandaleuse, avec le Colloque commémorant l'hommage posthume rendu au bon maître de Savignies, Eugène CANSELIET, à l'occasion du centenaire de sa naissance.

L'opportunisme irrévérencieux qui atteint ici son comble, n'a d'égal que la cupidité manifeste d'une telle entreprise. Ou alors, conviendrait-il d'imaginer plutôt que les protagonistes aient été abusés, victimes d'une certaine candeur ou naïveté en la matière ? ... Nous nous permettons d'en douter, tant le prix de cet ouvrage présente un caractère immodéré, voire abusif !
Ou bien alors, dernière hypothèse : le préfacier et l'éditeur n'auraient pas même pris la peine de lire ce manuscrit stupide qui leur a été adressé, que ce soit par l'intermédiaire d'Internet et de leur e-mail ainsi qu'ils le prétendent, ou par la voie classique d'un banal courrier postal. Imaginez donc, FULCANELLI s'exprimant sur le Web, après quelque soixante-dix années d'absence et ayant atteint désormais le grand âge de...160 ans !!! /Que le lecteur se rassure, ce Fulcaneli-ci est bien plus jeune en vérité ... /

Quel manque de respect pour le lecteur avisé, ainsi méprisé, dont la crédulité ne semble faire aucun doute à en croire nos pernicieux comploteurs ! Sûrement possèdent-ils des qualités d'experts distingués et font-ils preuve d'un discernement sans faille pour avoir ainsi accordé l'imprimatur à un tel ramassis d'inepties "politîco-chimiques" où l'authentique Science d'Hermès brille ostensiblement ... par son absence !

Quand bien même l'éditeur et l'auteur de la dithyrambique préface du livre en question, parviendraient à dégager leur responsabilité et à se prévaloir d'une évidente duplicité, il n'en demeurerait pas moins que "l'objet du délit" s'avère inexorablement être un faux FULCANELLI ...

Pour nous qui savons bien d'où émane ce délire psychotique "signé" qui s'exprime au fil de cette centaine de pages constituant l'ouvrage en question, nous aimerions faire profiter le lecteur de ces lignes, des quelques réflexions suivantes, lui, qui serait en droit d'y attendre l'enseignement alchimique du véritable Adepte FULCANELLI. L'auteur qui se dissimule grossièrement derrière le pseudonyme usurpé de Fulcanelli et que nous évoquerons désormais par les lettres (Gr. H) Sf sans fondement, annonce d'emblée la couleur dans son introduction :

"Cet ouvrage n'est pas le manuscrit que nous avons autrefois retiré des mains du cher Canseliet ; cet ancien travail, imparfait, n'aurait pu qu'égarer le chercheur, comme nous le fûmes nous-même pour un temps; il fut livré aux flammes sans remords". (p.23)

Et pour cause, serions-nous tenté d'ajouter, sachant que le synopsis du véritable ouvrage avait été fourni en son temps par feu Jean Laplace (in La Tourbe des Philosophes, 1988) et ne correspondait nullement à celui-ci. Il est vrai, au demeurant, qu'Eugène CANSELIET dans sa grande sagesse, avait conservé secrètement jusqu'à sa mort, le "paquet de notes" concernant l'ultime ouvrage de FULCANELLI : "Finis Gloriae Mundi" ; ce qui dissipe définitivement toute équivoque à cet égard puisqu'il fut constaté que Jean Laplace avait bien exhumé à Savignies, en présence d'Isabelle CANSELIET, une grande enveloppe contenant les précieuses notes en question.

Plus avant, de la plume de Sf, suit un discours lénifiant concernant l'interprétation alchimique du tableau allégorique bien connu, de Valdès Léal, intitulé précisément Finis Gloriae Mundi. Les références à l'Ars brevis ou "art bref" (suivant Sf) sorte de vague trituration pragmatique autour du petit particulier de Blaise de Vigenère, arrangé pour la circonstance et auxquels sont familiarisés - et ce, dans le détail, tant il est bavard ! - les assidus lecteurs du docte Sf, couronné comme il se doit par l'entonnoir, noble attribut du cancre et que n'aurait certes pas désavoué le Roi Ubu, héros désopilant d'Alfred Jarry.
En cette voie amalgamée (le terme s'avérant idoine ici) où s'entremêlent mercure et plomb vulgaire et où le sujet des Sages s'apparente davantage au bismuth des souffleurs qu'à la noble matière signée de Nature, Sf nous renvoie ici à son "Grand Oeuvre" dévoyé, qui apparaissait déjà, il y a plus d'une décennie, dans les dernières pages de sa "glorieuse Somme philosophique" et nous tairons le processus tant celui-ci se révèle fallacieux et débouche, qui plus est, sur un très dangereux élixir de longue Vie, menant tout droit....... à trépas !

Voici un exemple éloquent de la prose délirante de Sf à cet égard :
"Il ne suffit pas d'avoir fabriqué quelque or potable capable d'inverser les effets physiologiques d'une irradiation atomique pour remodeler l'univers à sa convenance." (p.38)

Ceci concernant le fameux particulier pose l'interrogation légitime suivante : de quel or potable peut-il bien s'agir ici puisqu'un particulier, par définition, demeure toujours stérile à cet égard, à moins bien sûr, que Sf, par un tout de passe-passe, ne transformât le particulier de Vigenère en ars brevis sophistique ! Ne serait-ce point là l'instant opportun de méditer la sage expression qui recouvre une grande vérité : ne pas prendre les vessies pour des lanternes...

Ô combien en ce lieu les véritables Adeptes ont de quoi s'insurger, de même que les courageuses filles et petite-fille de Monsieur CANSELIET, voyant discréditer ainsi tout aussi bien la divine Science d'Hermès que l'œuvre magistrale de l'unique disciple de FULCANELLI, l'authentique Philosophe par le Feu (Philosophus per Ignem) qui a fait preuve toute sa vie durant d'une probité exemplaire et qui avait prêté serment de ne jamais publier le troisième ouvrage du Maître, conformément à sa demande expresse. Quelle indignation plus grande pouvait en effet affecter la famille de celui dont le nom fut et devrait être à jamais associé au véritable FULCANELLI.

Ne nous y trompons pas, les seules qualités de potier, de métallurgiste, voire de forgeron, ne masqueront jamais les déficiences morales, spirituelles et proprement philosophiques de Sf, que ne combleront d'ailleurs nullement davantage les cogitations insensées de pseudo-Théologie de pacotille et encore moins de politique réactionnaire primaire, généreusement développées tout au cours de l'ouvrage falsifié. L'incitation outrancière à la violence n'émane point ici d'une sainte colère (Jérémie, 4, 10) mais emprunte plutôt une forme haineuse et revancharde. Sf écrit :
"Les faux prophètes parlent de paix quand il faudrait s'armer pour le combat et terrorisent les faibles par l'annonce de flammes qui ne brûleront que ceux qui les déchaînent. Assez de comètes délétères, de météorites vagabondes, de stations spatiales en goguette, tant que l'Ange n'a pas dégainé l'épée du jugement !" (p.55)

Tout y passe dans ces élucubrations qui, dans le meilleur cas, ne font preuve que d'une banalité affligeante. Nous sommes ici très loin du style du vrai FULCANELLI, ainsi que le lecteur peut aisément s'en rendre compte :
"La moindre ménagère saurait déjà qu'augmenter la chaleur de son fer pour effacer un faux-pli récalcitrant risque surtout de roussir le tissu et que, si elle insiste, la brûlure sera irrémédiable ; mieux vaut dans ce cas mouiller le linge et le sécher doucement." (p.49)

Que dire au surplus de ces erreurs de Français, qu'elles s'appliquent à la syntaxe ou à la grammaire en général :
"Le songe de Nabuchodonosor ne décrit donc pas d'un processus cyclique naturel mais de l'une de ces aberrations analogues à la Prostituée dont nous parlions plus haut, et qui s'écarte des voles de nature." (p.39)

Imaginerait-on en effet l'authentique FULCANELLI évoquer le Rebis alchimique ainsi : "(le) combat du Remore et de la Salamandre, alors que de toute évidence, il s'agit de la Rore ou éventuellement du Rémora ! (p.80)


Les comparaisons plus qu'audacieuses entre l'aigle qui s'associe à l'emblème américain et les Aigles philosophiques ou Sublimations alchimiques du second Œuvre, offrent l'image affligeante d'une extrême débilité. Notre "politologue-alchimiste" s'est ici réellement surpassé. En voici juste un petit exemple, en guise d'apéritif : Parallèlement à la Table d'Emeraude, les faux démiurges utilisèrent d'autres textes alchimiques sans les comprendre davantage. Pourquoi le président Truman voulut-il la guerre froide, que ne souhaitait pas alors Staline, sinon que ses conseillers avaient lu les commentaires sur le combat des deux natures à l'ouverture de la matière ? Que n'eussent-ils poursuivi la lecture jusqu'au bout !" (pp.79-80)
Somme toute, dans ce discours qui, faisant preuve de mégalomanie pseudo-spirituelle, théologique, politique, écologique, seule la S.P.A. ("Société Protectrice des Animaux") saurait y trouver son compte, tant la défense de nos petits compagnons semble trouver grâce auprès de notre docte Fulcanelli de pacotille. Sans doute, en appelle-t-il ainsi au seul public dont il se montre digne, celui des bêtes et des sots qui le suivront tels de doux agneaux irresponsables, dans l'imposture et l'ignominie dont il est à l'origine ici ...
Le lecteur avisé s'épargnera quant à lui une dépense bien inutile de temps et d'argent en négligeant de se procurer une œuvre aussi sournoise et nuisible au second degré que ridicule et insipide au premier ! Que les quelques lignes de notre modeste critique qu'il jugera sans doute acerbe et virulente, l'incitent nonobstant, à faire preuve de l'indispensable discernement auquel nous exhorte St Paul et qu'il n'oublie pas que la note se doit d'être "salée" quand Sel (Scel) y est ! car on ne parodie, ni même ne plagie pas impunément FULCANELLI ...
Aux instigateurs sans vergogne, désormais de payer cette note ...