De la description de l'antimoine

B. Valentin

Pour faire donc le fondement à notre Chariot triomphal de l'Antimoine, dans lequel il a son trône et son empire et par lequel il est élevé à sa gloire et à sa perfection, il faut avant toute chose démontrer l'origine de sa racine et de ses principes; comment il opère et se forme dans les entrailles de la terre; à quelle disposition des astres il est soumis et quels éléments le produisent.

Vous saurez donc que l'antimoine n'est autre chose qu'une fumée ou bien une vapeur exci-tée par les astres dans les entrailles de la terre et, par le moyen des éléments, réduite à une coagulation formelle. Et les mêmes constella-tions qui produisent le mercure produisent aussi l'antimoine, lui communiquent son es-sence, ses vertus, ses opérations et ses qualités du commencement; et il n'y a nulle autre dif-férence en leurs principes de génération, sinon que l'antîmoine est plus dur et plus coagulé que le mercure - ou argent-vif - en son com-mencement. La raison de cette plus grande coagulation de l'antimoine est qu'il a plus de sel en ses trois principes matériels, quoique néanmoins le sel soit la moindre partie de ses trois principes. Mais respectivement il en a et plus que le mercure, et, c est ce qui le coagule. Car le sel endurcit toutes choses et les coa-gule, ce qui manque au mercure qui en a très peu.

C'est pourquoi, à raison que le mercure contient en soi un esprit chaud et sulfureux, qui ne paraît néanmoins pas, il est toujours fluide et ne peut se coaguler si on ne lui ajoute d'autres esprits métalliques qui se ren-contrent les plus propres pour cet effet dans la mère de Saturne; et sans iceux on ne peut le figer. Et [il ne peut en être autrement] si le mer-cure n'a lui-même la Pierre philosophale par laquelle il puisse réduire lui-même ses trois principes en une proposition si bien concor-dante qu'il ait par après le corps fluide, solide et qui puisse résister au marteau et au feu comme les autres métaux. Autrement, il demeure toujours fluide (comme il l'est de nature), jusqu'à ce qu'on lui ait ôté un tel principe.

C'est pourquoi tous les animaux et végétaux sont trop faibles pour le coaguler et le rendre fixe, comme certaines personnes s'étudient en vain. Car le mercure est feu par toutes ses parties. C'est aussi pourquoi il résiste à tout feu et ne se laisse pas fixer par icelui : ou bien il s'évapore et s'enfuit incontinent par ses esprits et se résout en huile incombustible, ou bien il demeure tellement coagulé après sa fixation qu'il est impossible de le rompre. Au reste, tout ce qui se peut faire avec l'or se fait aussi avec le mercure préparé comme il faut. Car après sa vraie coagulation, il ressemble entièrement à l'or, à raison qu'il a les mêmes principes originaux qu'icelui.

Mais laissons à part le mercure, puisque notre intention est de parler de l'antimoine, quoique ces comparaisons ne soient pas inutiles pour [un] plus grand éclaircissement.

Il faut donc noter et bien observer que les mi-néraux et les métaux ne sont autre chose qu'une vapeur ou fumée qui est attirée par quelque astre prédominant de l'élément de la terre, comme par une distillation du monde universel. Laquelle influence céleste opère jusqu'au centre de la terre par sa propriété aérienne et ses qualités chaudes; de sorte que telle constellation opère spirituellement et donne de ses qualités à telle vapeur qu'elle élève, laquelle se résout en une liqueur dont tous les métaux et minéraux prennent leur origine; et [il] s'en forme un tel ou un autre, selon la prédomination des trois principes (selon qu'il y a plus de mercure, de soufre ou de sel); ou moins de l'un ou de l'autre, ou qu'ils se trouvent égaux, de manière que quelques métaux sont fluides, d'autres fixés. Les fixés sont communément l'or, l'argent, le cuivre, le fer, l'étain et le plomb. Outre ces métaux, il se forme aussi des mêmes trois principes, selon la proportion inégale de leur mélange, des autres minéraux comnie le vi-triol, l'antimoine, la marcassite, l'ambre, et plusieurs autres qu'il n'est pas nécessaire de produire ici. Mais l'or, dès son commence-ment, se perfectionne et contient en soi un soufre et un mercure parfaits, au-delà de tous les autres métaux et minéraux. De même aussi ses vertus sont beaucoup plus parfaites et vigoureuses que celles de tous les autres mé-taux78. C'est pourquoi en l'astre du soleil on trouve ce qui est aux autres, et encore beau-coup plus, à cause de son plus de perfection. Au reste, je crois que quand on aura réduit ce soufre en sa perfection par le moyen du feu, il se trouvera en grande quantité en tous les autres métaux et minéraux. il y a bien un minéral, duquel j'ai fait men-tion plusieurs fois, dans lequel le soufre du soleil se trouve aussi parfait, et encore plus que dans l'or même. Vous trou-verez encore deux sortes de métaux qui contiennent là même vertu sulfurienne du so-leil et desquels je ne dirai rien à présent.

L'antimoine n'est donc autre chose qu'un minéral fait par une vapeur élevée et résoute en une liqueur. Laquelle vapeur est le vrai astrvrai astre de de l'antimoine. Et cette liqueur attirée de l'élément de la terre par les astres célestes et étant desséchée par l'élément du feu qui est en l'air, se réduit par la coagulation en une forme et essence palpable, dans laquelle forme le soufre prédomine, ensuite le mer-cure; et la moindre partie des trois principes est le sel, duquel il y en a néanmoins autant qu'il suffit pour lui donner une forme solide. Les qualités premières et élémentaires de l'an-timoine sont sèches et chaudes et ne parti-cipent en la froidure et humidité qu'en un degré bien plus bas; de même aussi le mer-cure, ou argent vif commun, et l'or corporel ont plus de chaleur que de froidure.- Et ceci suffit de la matière et des trois prin-cipes de l'antimoine, ainsi que [comment] par l'archée il se forme dans l'élément de la terre. Mais d'autant qu'il importe fort peu à plu-sieurs de savoir tous ces miens discours précé-dents et [qu'ils] ne se soucient pas en quel centre se trouve l'astre d'antimoine, ou de quels principes il est formé, et qu'on désire seulement savoir son utilité, son usage et sa préparation, afin de le pouvoir rendre parfait et voir ses facultés, desquelles on a tant écrit jusqu'à présent qu'il n'y a ni riche ni pauvre, docte ou ignorant, qui n'en ait parlé et qui n'attende avec grand désir une dernière des-cription, je vais finir tous ces préambules et vous instruire simplement et fidèlement de toute la doctrine d'icelui, autant que mes la-beurs et mes observations me le permettent. il est bien vrai que j , ai employé en cela bien du temps et beaucoup de travaux; et si néan-moins je n'ai pas connu toutes ses vertus, [c'est] d'autant qu'en sa préparation après une merveille il en survient une autre : des cou-leurs, des vertus et des opérations infinies, les unes après les autres, de sorte qu'on n'en trouve jamais la fin.

Tout le monde a horreur du seul nom d'anti-moine, et un chacun le déteste comme le plus grand et le plus puissant de tous les poisons; on crie : " Gardez-vous bien de prendre de 1 'antimoine ", et particulièrement les grands médecins et philosophes des universités. Il est vrai, ainsi que je l'ai déjà confessé ci-devant et, pour ce sujet, je ne conseille à personne de s'en servir, s'il n'est bien préparé. Mais je vous assure en vérité, aussi vrai que Dieu est le Créateur du ciel et de la terre et de toutes les créatures, qu'il n'y a pas de plus souverain ni de plus précieux remède sous le ciel que dans l'antimoine.

C'est pourquoi, mon cher enfant, et vous ami lecteur, comprenez bien mon discours et observez les expériences que j'ai faites de l'antimoine. Car ma théorie procède des fon-dements de la nature et ma pratique de l'expé-rience, laquelle peut démontrer aux incré-dules les merveilles et l'utilité que j'en ai produites.

Et si quelqu'un de ces docteurs, de ces maîtres, de ces bacheliers, de ces médecins avec le bon-net rouge, me dit qu'il n'en faut pas user, à raison qu'on est incertain s'il est préparé comme il faut, je lui demande pourquoi l'on se sert si volontiers et si librement de la thé-riaque dans la composition de laquelle, outre les autres poisons, il y entre le serpent appelé thymus, qui est un poison extrême. Ne dois-je pas dire par même raison : " Gardez-vous " bien d'en user, il y a du poison dans la thé-riaque "? Ils me répondront peut-être que ces poisons sont préparés comme il faut et qu'ils servent de contrepoison. De même aussi répondrai-je que l'antimoine ne se doit aussi user qu'après sa vraie préparation laquelle lui ôte tout son poison.

je me soucie fort peu de tout ce qu'ils peuvent dire; et quoiqu'ils soient les persécuteurs de l'antimoine, ils ne sauraient me montrer ni meilleur remède ni même aussi bon que celui qui se fait avec l'antimoine. Car je sais de science certaine qu'avec l'antimoine, on fait des remèdes aussi bons qu'avec l'or et le mer-cure (excepté l'astre du soleil), et qu'on en pré-pare cet or potable pour guérir la lèpre, et l'esprit de mercure, qui est le souverain re-mède de ces nouvelles maladies inconnues, comme le mal vénérien ou la vérole, et autres médicaments salutaires.

Mais avant que je vous fasse savants et que je vous enseigne la préparation de l'antimoine, puisqu'il est si vénéneux, quelqu'un pourrait me demander comment il se peut faire que les minéraux soient des poisons, et quelle est l'essence du poison, et de quoi peut procéder une telle malignité; comment on peut aussi la séparer d'une telle matière métallique pour en faire des bons remèdes qui soient utiles et sans danger. A quoi je répondrai succincte-ment qu'il faut considérer en deux manières l'essence des poisons, à savoir naturelle et surnaturelle.

Et la première raison pourquoi, c'est que le Seigneur qui gouverne tous les cieux, les astres et la terre, a créé des poisons parmi ses créa-tures, et principalement dans les minéraux, pour faire paraître l'ordre, les merveilles et la toute-puissance et bonté de sa majesté, nous proposant devant les yeux telles choses pour nous faire connaître le bien et le mal, nous ayant aussi donné le jugement et la raison pour les comprendre, et le libre arbitre pour suivre le bien et fuir le mal si nous vou-lons.

En second lieu, les poisons s'engendrent dans les entrailles de la terre ou en autres lieux par certaines constellations, lorsqu'il se fait des opérations contraires et malignes des planètes et des étoiles, par lesquelles les éléments sont infectés et peuvent produire dans le Petit Monde des dispositions pestilentielles et autres maladies malignes; de même se doit aussi en-tendre des comètes.

En troisième lieu, les poisons se forment par la conjonction de deux choses contraires, comme lorsque quelqu'un étant en passion de colère ou de tristesse, ou étant échauffé en quelque autre façon, boit froid : par l'antipa-thie de ces deux qualités, il se fait un poison dans nos corps qui nous conduit à la mort.

Finalement, si quelqu'un est blessé mortelle-ment de quelque arme que ce soit, telle arme est poison à notre égard, parce qu'on en abuse contre notre vie, laquelle sera au contraire un antidote si nous nous en servons à pro-pos pour nous défendre quand on nous attaque.

On connaît toutes sortes de poisons par l'ins-tinct de la nature. Car tout ce qui est contraire et auquel répugne une chose est poison. Comme lorsque certaines personnes ont en horreur des viandes qu'elles ne peuvent sup-porter. Car alors telles viandes sont leur poi-son, à cause qu'elles sont contraires à leur nature; et au contraire elles ne sont pas nui-sibles à celles qui les aiment.

Tous les poisons s'engendrent principalement dans la terre comme une essence mercu-rielle - je parle des poisons et des minéraux laquelle n'est pas encore parfaite et bien digé-rée en sa forme, qui est contraire et répu-gnante à la nature; d'autant que cette essence mercurielle n'a pas encore atteint sa perfec-tion et concoction entière, elle pénètre tout le corps et ne peut être digérée par notre chaleur naturelle. De même que si nous man-gions du blé tout cru et vert sans aucune pré-paration notre estomac aurait de la peine à le digérer et en recevrait affaiblissement de tout le corps, d'autant que notre chaleur natu-relle est trop faible pour le réduire à une concoction telle qu'il requiert. Mais le blé qui est réduit en sa maturité par la chaleur du Grand Monde doit avoir de plus une coction et perfection plus grandes par le feu du Petit Monde, afin que l'homme le puisse digérer plus facilement. Ce qu'il faut aussi entendre de l'antimoine. Car d'autant qu'il n'est pas encore fixe et parfait lorsqu'on le tire de la mine, il est trop puissant et trop cru pour notre estomac. Ce qui est universel-lement vrai de tous les cathartiques et médica-ments laxatifs, soit des minéraux, animaux ou végétaux, lesquels sont tous [des] poisons à cause de leur nature et de la matière volatile et mercurielle qu'ils contiennent et qui pré-domine encore en eux. Lesquels esprits vola-tils sont la cause que ces médicaments purga-tifs chassent dehors tout ce qu'ils rencontrent. Ce n'est pas à dire que tous les médicaments purgent de la même façon, ou qu'ils se portent tous directement à tirer les humeurs qui sont les causes morbifiques. Car il v a grande différence entre eux. Ceux qui chassent et attirent les racines des maladies i doivent être fixes. Car ceux qu'on a fixés par artifices ou qui le sont de nature, cherchent aussi dans nos corps des maladies fixes et les déracinent entièrement, ce que ne peuvent pas exécuter les remèdes laxatifs qui ne sont pas fixés. Lesquels se peuvent comparer à un torrent rapide qui entraîne par violence ce qu'il rencontre seulement par les lieux où il passe. Mais les médicaments fixes ne purgent pas les selles, mais seulement en poussant au-dehors par les sueurs, lesquelles n'entraînent pas simplement la paille des mala-dies avec eux, mais bien la semence et la racine, ce que ne font pas ces autres médica-ments crus et qui ne sont pas fixés, lesquels laissent la semence et la racine, n 9 entraînant que la surface et ne touchant jamais au centre. C'est pourquoi on doit savoir que le poison de l'antimoine se doit entièrement séparer avant qu'on en puisse user en la médecine avec bonne conscience. Et il faut observer la séparation du bon d'avec le mauvais, du fixe d'avec ce qui ne l'est pas, du poison d'avec le médicament. Ce qui ne peut se faire que par le moyen du feu, c'est-à-dire par la préparation de Vulcain qui est le professeur et recteur de toutes ces opérations. Car ce que le feu du Grand Monde a laissé à perfection-ner ou à digérer dans les choses doit être achevé par le moyen du Vulcain du Petit Monde, qui rend tout en sa dernière perfec-tion. Et il ne faut pas s'étonner si le feu a cette force de séparer les choses impures d'avec les pures Car l'expérience journa-lière nous en fait foi par la diversité des couleurs et autres qualités qu'il induit suc-cessivement dans les corps qui passent par lui.

Oh! si la subtilité de tous ces docteurs pouvait pénétrer la vérité de mes secrets, qu'ils quitte-raient bientôt les folies qu'ils étudient et chercheraient les moyens de séparer comme moi les choses impures d'avec les médicaments.

je vous dis derechef que dans l'antimoine on trouve un mercure, un soufre et un sel qui sont les souverains médicaments de la santé des hommes. Le mercure de l'antimoine consiste dans son régule; le soufre en sa rougeur; et son sel demeure dans la terre noire qu'on laisse. Et lorsqu'on sait bien séparer ces trois Choses l'une d'avec l'autre, et derechef, les unir ensemble selon les règles de l'art, et qu'on en peut faire une fixation sans poi-son, celui-là se peut vanter avec honneur qu'il a trouvé la Pierre de feu qui se fait de l'antimoine pour la santé des hommes.

C'est pourquoi je vais vous donner diverses préparations de ces médicaments; la façon d'en ôter le poison, de les rendre fixes et de les séparer comme il faut.

Le lecteur saura auparavant que les vertus de l'antimoine se peuvent comparer à celles d'une pierre précieuse en particulier, comme il y a certains métaux qui symbolisent plutôt avec une telle pierre qu'avec une autre; mais que l'antimoine contient et a en soi universel-lement les différentes vertus de toutes les pier-reries. Ce qui se montre assez clairement par les couleurs qu'il contient et qu'il change par le moyen du feu. Sa rougeur vive et claire est appropriée a l'escarboucle, aux rubis et au corail; sa couleur bleue, au saphir; la verte, aux émeraudes; la jaune, aux hyacinthes et la noire aux grenats, qui ont une couleur noire cachée. Et selon les métaux, la couleur noire de l'anti-moine est appropriée à Saturne; la rouge au fer; la jaune à l'or; la verte à Vénus; la bleue à l'argent; la blanche à Mercure; et les autres couleurs mêlées à Jupiter.

Et de même que nous trouvons toutes les couleurs des pierreries et des métaux dans l'antimoine il contient aussi toutes les vertus médicinales; lesquelles sont en si grand nombre, aussi bien que les couleurs dans l'antimoine, qu'il est impossible à l'homme de les pouvoir toutes connaître par le moyen de ses tra-vaux.

Quelquefois, l'antimoine se résout par distillation en une liqueur aigre, de même que du vinaigre. D'autre fois il se réduit en une ma-tière rouge et transparente, douce et agréable, comme du miel et du sucre. Quelque fois aussi, il acquiert une amertume aussi puissante que celle de l'absinthe; et dans d'autres temps, on le réduit en une matière âcre et piquante comme de l'huile de sel. De sorte qu'il change ses qualités et ses vertus selon les préparations qu'on lui donne. Car parfois il se change en une montagne olym-pique par le moyen de la sublimation, de même qu'une aigle volante, rouge, jaune et blanche. Etant distillé par descensum, il donne aussi ses couleurs différentes, de même que par la réverbération, laquelle le réduit en un métal semblable au plomb. On en fait aussi un verre transparent, rouge, jaune, blanc, noir, et d'autres couleurs, desquelles il n'est pas toujours facile de se servir en la médecine s'il n'a passé par un autre examen. Il se résout aussi en des huiles étranges et admirables, desquelles les unes se font sans addition, c'est-à-dire sans mélange d'aucun autre ingrédient. D'autres se font avec addi-tion de quelques matières. Et l'on s'en sert intérieurement pour les maladies internes, ou bien extérieurement pour les plaies, ulcères et autres maladies externes. On en fait aussi des extraits admirables, les-quels sont si différents en leurs couleurs, que si l'oracle d'Apollon était encore en état, comme du temps des païens, il aurait de la peine à les déclarer toutes comme il faut.

On en prépare aussi un mercure vif, et un soufre ardent comme le commun. De sorte qu'il peut servir à faire de la poudre à canon. Et finalement, on en tire un sel très naturel et plusieurs autres choses.

C'est pourquoi il est temps de vous montrer sa préparation: comment il en faut tirer essence, son magistère, son arcane, son élixir, ses teintures. Lesquelles vous observe-rez lorsque je donnerai la préparation de la pierre de feu; outre plusieurs autres secrets particuliers, dont le commun ignore en tout ou au moins la plus considérable partie, d'au-tant que les Égyptiens, les Arabes et Chal-déens, étant morts il y a longtemps, [ils] ont aussi enseveli avec eux ces secrets de [la] Nature qui se peuvent employer à la vraie médecine sans aucun danger, mais avec grande utilité.

Observez donc diligemment toutes les prépa-rations l'une après l'autre, ainsi que je vous- les proposerai, parce qu'il n'y en a pas une qui ne soit d'une grande utilité. Car les médi-caments fixes et préparés de l'antimoine chassent les maladies du corps. Mais ceux qui ne sont pas fixes, comme l'antimoine cru, sans être préparés, ouvrent et purgent seule-ment la première région du corps, comme l'estomac et les boyaux, et laissent le fonde-ment de la maladie sans le tirer.

La préparation de l'antimoine se fait donc seulement par le moyen du feu, après l'invo-cation de l'assistance devine. Elle se fait de plu-sieurs façons, selon l'ordre du feu et la diversité des opérations, desquelles toutes ses vertus et ses forces dépendent aussi par consé-quent.

L'antimoine a une couleur mêlée de rouge, noir et blanc, et sa première préparation est la calcination et réduction en cendres qui se fait comme vous le verrez au chapitre suivant.